Acteur majeur du BTP, Bouygues Construction est fortement engagé dans l’amélioration des conditions de travail et de la sécurité sur ses chantiers. Sophie Clerc, responsable Expertise & Relations externes Prévention Santé Sécurité chez Bouygues Bâtiment Ile-de-France, nous explique comment l’entreprise développe, depuis bientôt deux ans, une « culture juste » de la sécurité, c’est-à-dire la conscience partagée des risques. Une démarche participative et innovante.

Comment est né ce projet ?
Sophie Clerc.
Nous constations tout d’abord, en interne, une faible remontée d’informations quant aux incidents sur le terrain et des réactions parfois inappropriées suite à des comportements non sécuritaires ou des accidents du travail. Nous sentions que nous pouvions faire mieux et cherchions notamment à valoriser les bons comportements. En discutant avec l’Icsi de la culture juste et de ses bénéfices, nous avons décidé d’aller dans cette direction et avons organisé une intervention en comité de direction. L’idée a été bien accueillie et très rapidement soutenue par la Direction.

Vous avez choisi de développer cette démarche de manière collaborative, comment avez-vous procédé concrètement ?
S.C.
Une fois obtenu le feu vert de la direction, nous avons d’abord réuni un groupe de pilotage, comprenant un directeur des ressources humaines, des représentants syndicaux et des directeurs opérationnels pour décider des thèmes et principes d’animation. Nous avons ensuite organisé des workshops, avec une soixantaine de collaborateurs, toutes unités opérationnelles et métiers confondus, du compagnon au directeur. Le groupe s’est réuni trois fois une journée pour poser les bases de la culture juste. Cela a permis de clarifier ce que l’on attendait des managers et des collaborateurs à partir de situations données. Quand et comment valoriser les bons comportements afin qu’ils se reproduisent ? En cas de comportements non sécuritaires, quel est l’éventail de réactions possibles et souhaitables ? Comment ne pas sur ou sous-réagir ? Que faire en cas de remontée d’incidents ? Cela n’a pas forcément été évident de se mettre d’accord, mais nous y sommes parvenus pour établir un guide des pratiques justes en matière de SST. Il se déploie progressivement dans toute l’entreprise depuis juin dernier.

Que contient ce guide ?
S.C.
 C’est vraiment le fruit du travail des workshops. Il contient un outil d’aide à la réaction, à savoirune grille de questions à se poser pour évaluer avec justesse le niveau de réaction à adopter. Le guide est très ludique et très visuel. Il repose sur quatre principes : exprimer ses attentes, valoriser les bonnes pratiques, réagir face aux comportements non sécuritaires et apprendre de ses expériences. L’idée n’est pas d’imposer des règles contraignantes, mais de donner des grandes lignes que chacun peut s’approprier à son niveau, au sein de son équipe. Le cheminement pour arriver à l’élaboration de ce guide est, je pense, aussi important que son contenu. Il contient un outil d’aide à la réaction, à savoir une grille de questions à se poser pour évaluer avec justesse le niveau de réaction à adopter.

En matière de valorisation des bons comportements, auriez-vous des exemples concrets à nous donner ?
S.C.
Oui, par exemple d’afficher des photos de bonnes pratiques vues sur les chantiers. Cela peut donner lieu à des concours stimulants. Certains ont aussi mis en place des cartes pour récompenser les bons comportements : au bout de dix tampons, le petit-déjeuner est offert. Autre idée : passer par l’écrit pour féliciter les équipes et marquer les esprits suite à une visite de chantier remarquable. Il peut s’agir d’un mail ou d’un envoi de courrier à domicile pour valoriser les efforts fournis.

Avez-vous déjà noté des changements de comportements ?
S.C.
Oui, les remontées d’informations sont déjà trois fois plus nombreuses qu’avant ce qui est très positif. Les managers apprécient vraiment d’avoir un support pratique dont ils peuvent se servir au quotidien. On remarque également que le guide suscite le dialogue au sein des équipes, il a permis de libérer la parole sur des sujets autrefois peu abordés. Un groupe de suivi a été mis en place pour diffuser progressivement les bonnes pratiques.

Auriez-vous trois conseils à partager pour favoriser une bonne qualité de vie au travail ?
S.C.
Aider les managers à prendre pleinement leur rôle en main sur des sujets d’arbitrage notamment, être à l’écoute du collectif et fédérer autour d’un projet concret, d’une vision qui aide chacun à se sentir utile.

Avis d’Empreinte Humaine
La santé et la sécurité du travail est trop souvent une mauvaise nouvelle. En effet, on parle de SST presqu’uniquement lorsque les choses vont mal : accident du travail, incident, risques majeurs, etc. La démarche de Bouygues Bâtiment Ile-de-France tente de casser cette approche et offre une vision plus juste et plus positive de la SST. Dans les formations qu’Empreinte Humaine offre sur le leadership en SST, nous insistons aussi sur la reconnaissance des pratiques sécuritaires. Nous formons les managers à reconnaître ce qui va bien en SST et à se servir des situations ou des comportements sécuritaires pour apprendre à agir et manager en sécurité. Nous avons trop tendance à penser qu’on ne peut apprendre que des accidents du travail, Bouygues Bâtiment Ile-de-France, comme Empreinte Humaine insistent sur le fait qu’on peut aussi apprendre lorsqu’il n’y a pas d’accident du travail.